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Deuxième partie—Suite de l’enquête sur des soupçons de manipulation des marchés publics autour du projet SIGEFP financé par la Banque mondiale

Enquête sur les mécanismes d’influence et les risques de mauvaise gouvernance au ministère des Finances publiques

Dans cette nouvelle phase de son enquête consacrée aux risques de mauvaise gouvernance au sein du ministère des Finances publiques, notre organisation revient sur plusieurs faits survenus depuis 2023 autour des activités de la société MEDIABOX et de son dirigeant, M. Donatien NDAYISHIMIYE.

Selon les éléments recueillis par l’organisation, plusieurs mécanismes auraient progressivement été mis en place afin d’influencer l’attribution des marchés publics liés aux systèmes informatiques de gestion des finances publiques, dans un contexte marqué par le lancement du projet SIGEFP/SIGFP-BI, financé à travers le programme PAFEN de la Banque mondiale.

L’enquête s’intéresse notamment aux risques pesant sur l’utilisation d’un financement estimé à près de 30 millions de dollars américains, destiné à la modernisation du système de gestion des finances publiques de l’État burundais.

Du conflit ASYST–MEDIABOX à la prise de contrôle du projet PTBA

Selon les informations recueillies, l’arrestation de M. Amedée BWIMBA, dirigeant de la société ASYST, en juin 2023, aurait constitué un tournant majeur dans la réorganisation des marchés informatiques au sein du ministère des Finances.

Peu après son interpellation et son transfert au Service national de renseignement, la société MEDIABOX aurait obtenu le marché relatif au projet PTBA (Plan de Travail et Budget Annuel) pour un montant estimé à deux milliards de francs burundais (2 000 000 000 FBU).

Cette attribution a suscité de nombreuses interrogations dans la mesure où la société ASYST avait initialement proposé la réalisation du même projet pour un montant estimé à environ un milliard de francs burundais (1 000 000 000 FBU).

Plusieurs observateurs y ont vu l’existence d’un réseau d’influence impliquant certains responsables institutionnels proches de M. Donatien NDAYISHIMIYE, notamment sous le mandat de l’ancien ministre des Finances Audace NIYONZIMA.

Dysfonctionnements administratifs et multiplication des systèmes informatiques

Après l’attribution du marché à MEDIABOX, plusieurs difficultés opérationnelles seraient progressivement apparues au sein du ministère des Finances.

Le ministère s’est retrouvé avec plusieurs systèmes informatiques fonctionnant parallèlement :

  • le système SIGEFI, développé par ASYST ;

  • le système OPENRH, utilisé pour la gestion des ressources humaines ;

  • ainsi que le système PTBA, développé par MEDIABOX dans le cadre du Budget-Programme.

Selon plusieurs techniciens interrogés, la proposition initiale d’ASYST consistait pourtant à intégrer les nouvelles fonctionnalités directement au sein du système SIGEFI afin de garantir une gestion centralisée et cohérente.

La coexistence de plusieurs logiciels distincts aurait entraîné d’importants ralentissements administratifs. Les agents auraient été contraints d’effectuer plusieurs opérations en double, provoquant des retards dans le traitement des dossiers financiers ainsi que dans le paiement des agents publics.

Plusieurs responsables évoquent également l’apparition des « restes à payer » pour les exercices budgétaires 2024-2025.

Avenants financiers et dépenses controversées

Selon les conclusions de l’enquête, malgré l’attribution du marché à MEDIABOX, le projet PTBA n’aurait pas été finalisé dans les délais initialement prévus.

La société aurait ensuite sollicité un avenant financier supplémentaire estimé à environ 200 millions de francs burundais (200 000 000 FBU) afin de poursuivre le développement du logiciel dans le cadre du budget 2024-2025.

Par ailleurs, MEDIABOX disposait déjà d’un bureau installé directement au sein du ministère des Finances afin d’assurer la formation des techniciens appelés à utiliser le système PTBA.

Selon plusieurs sources internes, cette mission de transfert de compétences était déjà prévue dans les obligations contractuelles initiales du marché.

Malgré cela, un nouveau financement estimé à environ 24 millions de francs burundais (24 123 000 FBU) aurait été débloqué pour financer des activités de formation supplémentaires liées au « transfert de compétences ».

Cette formation aurait finalement été organisée en mars 2026 à Gitega.

Ces dépenses soulèvent aujourd’hui plusieurs interrogations :

  • Pourquoi financer séparément des activités déjà prévues dans le marché initial ?

  • Ces décaissements ont-ils fait l’objet d’un contrôle administratif ou d’un audit indépendant ?

  • Pourquoi les autorités actuelles du ministère des Finances ont-elles validé ces dépenses supplémentaires ?

Le projet SIGEFP et les enjeux autour des 30 millions de dollars

Dans le cadre des réformes administratives engagées par le gouvernement, notamment celles liées à la décentralisation budgétaire et à la réorganisation territoriale, les autorités auraient envisagé la mise en place d’un système unique capable d’intégrer l’ensemble des logiciels utilisés dans la gestion des finances publiques.

C’est dans ce contexte qu’aurait émergé le projet SIGEFP (Système Intégré de Gestion des Finances Publiques), destiné à regrouper :

  • SIGEFI ;

  • OPENRH ;

  • et les modules liés au PTBA.

Le projet devait être financé grâce à un appui d’environ 30 millions de dollars américains, accordé par la Banque mondiale dans le cadre du programme PAFEN (Projet d’Appui aux Fondations de l’Économie Numérique).

Attribution du marché à une société étrangère puis suspension controversée

Un appel d’offres international aurait été lancé le 14 mars 2025 afin de sélectionner les entreprises chargées du développement du nouveau système.

Quatre sociétés auraient participé à cette procédure :

  • trois entreprises étrangères ;

  • ainsi que la société burundaise MEDIABOX.

Selon les informations recueillies par l’organisation, le marché aurait initialement été remporté par une société étrangère basée en Tunisie.

Cette société aurait même reçu une notification officielle d’attribution du marché avant que la procédure ne soit brusquement suspendue.

Selon plusieurs sources, MEDIABOX aurait contesté les résultats en affirmant avoir été lésée dans le processus d’évaluation.

À la suite de cette contestation, la procédure aurait été suspendue dans l’objectif de relancer entièrement le marché.

Cette situation soulève aujourd’hui plusieurs questions :

  • Comment une procédure déjà attribuée a-t-elle pu être remise en cause ?

  • Quels mécanismes d’influence auraient permis la suspension du marché ?

  • Certaines institutions ont-elles été utilisées pour favoriser des intérêts privés ?

  • Quels risques ces pratiques pourraient-elles faire peser sur l’utilisation des fonds financés par la Banque mondiale ?

Document d’appel d’offres du 14 mars 2025

Le rôle présumé de certains responsables institutionnels

L’enquête s’intéresse également au rôle joué par certains responsables impliqués dans le projet PAFEN.

Selon les informations recueillies, le projet serait coordonné au Burundi par M. Bienvenu IRAKOZE, également Secrétaire exécutif du SETIC (Secrétariat Exécutif des Technologies de l’Information et de la Communication).

Plusieurs sources le présentent comme proche collaborateur de M. Donatien NDAYISHIMIYE.

Après l’attribution initiale du marché à la société tunisienne, des contestations auraient émergé autour du fonctionnement du comité d’analyse des offres, notamment sur les questions de quorum et de validation des décisions.

Selon l’organisation, ces arguments auraient ensuite servi de justification pour suspendre la procédure et envisager une relance du marché.

Notre organisation annonce que d’autres éléments seront publiés dans les prochaines parties de cette enquête, notamment sur les mécanismes présumés utilisés pour influencer la relance du marché ainsi que sur les conséquences potentielles de ces pratiques sur les finances publiques burundaises.

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