Enquête sur les mécanismes d’influence et les risques de capture institutionnelle au ministère des Finances publiques
Dans cette troisième partie de l’enquête, notre organisation revient sur les mécanismes présumés qui auraient permis à certains acteurs liés à la société MEDIABOX d’accroître progressivement leur influence au sein du ministère des Finances publiques, dans le contexte du marché relatif au projet SIGEFP/SIGFP-BI financé par la Banque mondiale.
Dans la partie précédente, nous avions expliqué comment la procédure initiale du marché aurait été suspendue après l’attribution provisoire à une société étrangère basée en Tunisie. Selon les éléments recueillis, plusieurs démarches auraient ensuite été entreprises afin d’obtenir la relance du marché dans des conditions jugées plus favorables à la société MEDIABOX.
Changements administratifs et repositionnement stratégique au sein du ministère
Selon les informations recueillies par notre organisation, M. Donatien NDAYISHIMIYE aurait cherché à renforcer son influence au sein des structures décisionnelles du ministère des Finances afin de faciliter l’accès de sa société au marché du projet SIGEFP.
Le marché initial avait été lancé sous le mandat de M. Nestor NTAHONTUYE, alors ministre des Finances publiques, actuellement Premier ministre. À la suite de son départ, le ministère a été repris par le Dr Alain NDIKUMANA, officiellement entré en fonction le 06 août 2025.
Sous son autorité, plusieurs changements administratifs seraient intervenus au sein des directions techniques du ministère.
Parmi ces changements figure notamment le remplacement du Directeur général chargé de l’économie numérique.
Selon les éléments de l’enquête, cette fonction aurait été confiée à Mme Ir Odelie NDIHO le 11 novembre 2025, ancienne responsable d’un département lié aux activités de MEDIABOX, notamment dans le secteur Starlink.
Pour plusieurs observateurs interrogés, cette nomination aurait renforcé les inquiétudes liées à d’éventuels conflits d’intérêts autour du processus d’attribution du marché SIGEFP.
Document de nomination de Mme Ir Odely NDIHO
Relance du marché et restructuration des équipes techniques
Peu après sa nomination à la Direction générale de l’économie numérique, Mme Odelie NDIHO aurait engagé des démarches visant à relancer entièrement la procédure du marché SIGEFP.
Selon plusieurs sources internes, un nouveau comité technique aurait été mis en place pour superviser le projet, y compris avec l’intégration de certains profils ne disposant pas d’une expertise reconnue dans la gestion des systèmes informatiques financiers publics.
Cette réorganisation aurait définitivement écarté la société tunisienne initialement déclarée attributaire du marché.
L’enquête révèle également que plusieurs agents précédemment liés à MEDIABOX auraient été recrutés ou promus rapidement au sein du ministère des Finances, notamment à des postes stratégiques liés :
au développement et au suivi des projets informatiques ;
ainsi qu’à la politique de digitalisation.
Selon plusieurs sources, ces nominations auraient contribué à renforcer l’influence de MEDIABOX dans les mécanismes de décision liés aux projets numériques du ministère.
Une nouvelle relance du marché en mars 2026
D’après les informations recueillies, la procédure du marché aurait officiellement été relancée le 23 mars 2026, tandis que les nouvelles offres devraient être ouvertes au début du mois de mai 2026.
Plusieurs sources estiment que cette relance pourrait aboutir à l’attribution du marché à la société MEDIABOX.
Notre organisation indique également avoir recueilli des informations selon lesquelles Mme Odelie NDIHO aurait été appelée au ministère afin d’accompagner la relance du projet en faveur de MEDIABOX, société dont elle serait issue professionnellement.
Selon certaines informations internes recueillies au cours de l’enquête, il serait même envisagé qu’elle retourne ultérieurement au sein de cette société après la finalisation du processus.
Ces éléments alimentent aujourd’hui de nombreuses interrogations sur l’existence éventuelle de conflits d’intérêts et sur les garanties d’impartialité entourant la procédure de passation du marché.
Document de relance du marché du 23 mars 2026
Des inquiétudes sur les capacités techniques réelles de MEDIABOX
L’enquête soulève également des interrogations concernant les capacités techniques réelles de MEDIABOX à développer un système aussi stratégique que le SIGEFP.
Selon plusieurs informations recueillies, certains techniciens de la société auraient récemment été envoyés au Maroc pour suivre des formations relatives au développement du logiciel concerné.
Pour plusieurs observateurs, cette situation pourrait démontrer que l’entreprise ne disposerait pas encore de toutes les compétences techniques nécessaires pour conduire seule un projet informatique d’une telle ampleur.
Selon l’analyse de notre organisation, cette situation pourrait entraîner deux risques majeurs :
Un risque de mauvaise utilisation des financements mobilisés, si les ressources engagées ne permettent pas la réalisation effective et conforme du logiciel attendu ;
Un risque d’échec global du projet, notamment si les retards accumulés conduisent la Banque mondiale à suspendre ou retirer son financement avant l’échéance du programme fixée au 27 juin 2028.
Des conséquences potentielles pour la réforme de la gestion publique
L’échec éventuel du projet SIGEFP pourrait avoir des conséquences importantes sur la réforme de la gestion des finances publiques engagée par l’État burundais.
Le projet vise notamment à permettre une gestion budgétaire décentralisée et numérisée à travers les provinces, sans dépendance excessive des administrations centrales de Bujumbura.
Selon plusieurs observateurs, l’absence d’un système intégré pleinement opérationnel risquerait de compromettre les objectifs de modernisation administrative et de transparence budgétaire poursuivis dans le cadre du programme.
Notre organisation poursuivra la publication des prochaines parties de cette enquête afin de présenter les mécanismes présumés ayant permis ces influences, les responsabilités potentielles des différents acteurs impliqués ainsi que les mesures qui pourraient être envisagées afin de prévenir tout risque de mauvaise utilisation des financements publics et des fonds des partenaires internationaux.