Alerte sur des risques de mauvaise gouvernance-soupçons de détournement autour du projet SIGFP-BI
Aujourd’hui, l’organisation a décidé de publier les résultats de ses investigations concernant des irrégularités en cours au sein du ministère des Finances publiques, susceptibles de compromettre la bonne utilisation d’un montant estimé à trente millions de dollars américains (30 000 000 USD), ou d’entraîner une affectation non conforme de ces fonds à leur destination initiale dans le cadre des politiques publiques.
La présente enquête sera publiée en quatre parties, afin de permettre une meilleure compréhension progressive des éléments recueillis, des mécanismes identifiés ainsi que des implications institutionnelles et financières associées à cette affaire.
L’organisation affirme avoir mené des investigations portant sur des risques de dysfonctionnements et de mauvaise gouvernance dans la gestion des finances publiques au sein du ministère des Finances.
Ces éléments d’enquête font état de risques portant sur près de 30 millions de dollars américains, dans le cadre du projet SIGFP-BI, financé à travers le programme PAFEN de la Banque mondiale, susceptibles d’être mal utilisés, mal orientés ou affectés à des fins non conformes aux objectifs initiaux, notamment à travers des mécanismes liés à la gestion et à l’attribution des marchés publics.
Les analyses effectuées mettent en cause la société locale MEDIABOX, dirigée par M. Donatien NDAYISHIMIYE, également responsable du média IKIRIHO et présenté comme proche et collaborateur du Service national de renseignement, ainsi que d’autres acteurs impliqués dans la gestion des marchés publics au sein du ministère des Finances.
Nos investigations reviendront également sur les stratégies et mécanismes qui auraient permis à M. Donatien NDAYISHIMIYE d’exercer une influence importante dans l’obtention des marchés publics liés aux technologies de l’information au sein du ministère. Une question demeure : dans quel objectif ?
Selon les éléments recueillis, des mécanismes de contrôle et d’influence sur les systèmes informatiques de gestion financière de l’État auraient été observés, notamment dans le but d’influencer l’attribution des marchés liés aux technologies de l’information et à la gestion des finances publiques.
Afin de mieux comprendre le contexte actuel, il convient de revenir brièvement sur les publications effectuées par notre organisation en 2023 concernant le conflit opposant les sociétés ASYST et MEDIABOX, conflit qui avait conduit à l’arrestation du dirigeant d’ASYST.
Le ministère des Finances publiques utilise depuis 2010 le logiciel SIGEFI (Système Intégré de Gestion des Finances de l’État), développé par la société ASYST. Ce système constitue un outil central de gestion budgétaire de l’État et sert notamment au suivi des dépenses publiques ainsi qu’au paiement des salaires des agents publics.
Dans le cadre des réformes introduites en 2023, notamment le Budget-Programme et le PTBA (Plan de Travail et Budget Annuel), il était prévu que la société ASYST intègre de nouvelles fonctionnalités au système SIGEFI pour un montant estimé à un milliard de francs burundais (1 000 000 000 FBU).
Toutefois, la société aurait conditionné cette intervention au règlement préalable d’une dette publique évaluée à deux milliards de francs burundais (2 000 000 000 FBU).
Selon les conclusions de l’enquête, les tensions auraient débuté sous le mandat de l’ancien ministre des Finances, M. Audace NIYONZIMA. Celui-ci aurait exprimé une volonté de remise en cause du logiciel développé par ASYST, dans un contexte marqué par des soupçons de traçabilité de flux financiers estimés à plus de 32 milliards de francs burundais, liés à des opérations antérieures au sein de l’OBR lorsqu’il dirigeait cette institution, comme notre organisation l’avait déjà évoqué dans ses précédentes alertes publiées en 2023.
Les investigations font état d’une lutte d’influence autour du contrôle du projet PTBA et des marchés publics informatiques, opposant notamment M. Donatien NDAYISHIMIYE à M. Amedée BWIMBA, dirigeant de la société ASYST.
C’est dans ce contexte qu’en 2023, M. Amedée BWIMBA aurait été interpellé avec l’appui de M. Audifax NIYONZIMA, alors responsable du département économique au sein des services de renseignement.
Selon les informations recueillies par notre organisation, il aurait été détenu discrètement pendant près de trois mois au siège du Service national de renseignement, avant d’être transféré à la prison centrale de Gitega, à la suite des alertes publiques lancées par notre organisation concernant les conditions de sa détention, jugées préoccupantes et inhumaines.
Selon les conclusions de notre enquête, cette situation s’inscrirait dans un contexte de conflits d’intérêts et de tensions liées à l’attribution des marchés publics, visant à écarter certains prestataires actifs dans le secteur des systèmes informatiques financiers.
Après plusieurs dénonciations publiques, M. Amedée BWIMBA a finalement été libéré.
Des éléments de communication relatifs à l’arrestation de M. Amedée BWIMBA avaient déjà été rendus publics par l’organisation King Umurundi Freedom dans le cadre de ses précédentes alertes.
L’organisation avait notamment signalé cette situation dans une publication antérieure :
Elle avait également exposé les éléments relatifs aux motifs présumés de cette arrestation :
Par ailleurs, des informations concernant les objectifs et intérêts des différentes parties impliquées avaient également été publiées :
Par la suite, le 20/10/2023, M. Amedée BWIMBA aurait été transféré à la prison centrale de Gitega. L’organisation indique avoir poursuivi ses démarches publiques en appelant à sa libération, estimant que sa détention ne reposait pas sur des bases suffisamment justifiées au regard des éléments disponibles.
Le 31/05/2024, M. Amedée BWIMBA a finalement été libéré, conformément aux informations déjà communiquées par l’organisation :
L’organisation annonce que d’autres éléments d’enquête seront publiés dans les prochaines parties du dossier consacré à ce présumé scandale impliquant la gouvernance des systèmes de gestion des finances publiques.
Ceci constitue la première partie de l’enquête ainsi que son introduction générale.