Alerte sur les violations des droits fondamentaux des citoyens
Comment le pays est-il gouverné ? Comment un chef de zone peut-il décider de suspendre des activités scolaires ? Pourquoi les citoyens sont-ils contraints de participer à l’arrosage de plantations d’avocatiers en pleine semaine ? Pourquoi les autorités semblent-elles accorder si peu d’importance au secteur de l’éducation ?
Telles sont les nombreuses interrogations exprimées par les habitants de la zone Ntega (ancienne commune de Ntega), située dans la nouvelle commune de Kirundo, en province de Butanyerera.
Selon plusieurs témoignages recueillis sur place, les habitants dénoncent une obligation qui leur est imposée depuis un certain temps : participer à des travaux communautaires trois fois par semaine, les lundis, mercredis et vendredis, consistant à arroser des plantations d’avocatiers.
Ils affirment que, dans toute la commune de Kirundo, aucun habitant n’est autorisé à vaquer à ses occupations personnelles durant ces journées. Tous seraient contraints de se rendre sur des plantations d’avocatiers appartenant au parti CNDD-FDD, présentées comme un projet destiné à générer des devises pour le pays. Selon les mêmes sources, cette mesure aurait été décidée par M. HABIMANA Tite, responsable communal du CNDD-FDD à Kirundo.
Les habitants de la zone Ntega disent toutefois avoir été particulièrement choqués par une décision récente touchant directement le secteur de l’éducation. En effet, la proclamation des résultats scolaires, initialement prévue le vendredi 3 juillet 2026 dans les établissements de la zone, a été reportée au lendemain.
Cette décision figure dans un message adressé le 2 juillet 2026 par le chef de zone Ntega, M. KARANGWA Jean Baptiste, aux responsables des établissements scolaires. Dans ce message, il leur demande de reporter la proclamation des résultats au samedi afin de permettre la mobilisation générale de la population à une activité d’arrosage des plantations d’avocatiers organisée sur la colline de Mihigo, en présence du responsable communal du CNDD-FDD, M. HABIMANA Tite.
Le message est rédigé en ces termes :
« Bonjour, tous les directeurs ayant la proclamation prévue demain vendredi sont priés de la reporter à samedi, car demain toute la commune est mobilisée pour les travaux communautaires qui se dérouleront à Mihigo. »

Selon les informations recueillies, ce message était accompagné d’une invitation officielle demandant à la population de participer à cette activité prévue le 3 juillet 2026.
Les habitants de la nouvelle commune de Kirundo, qu’ils soient parents d’élèves ou élèves, affirment ne pas comprendre comment une étape aussi importante que la clôture officielle de l’année scolaire peut être reportée au profit d’une séance d’arrosage des plantations d’avocatiers. Ils estiment que ce type d’activité pourrait être organisé le samedi, sans perturber le fonctionnement des écoles ni les activités économiques de la population.
Ils rappellent également que le projet des plantations d’avocatiers est présenté depuis plusieurs années par le CNDD-FDD comme un levier de développement économique et une source de devises pour le Burundi. Toutefois, selon eux, les bénéfices annoncés restent invisibles pour la population.
Les habitants dénoncent fermement ces pratiques et demandent qu’elles cessent dans leur commune. Ils estiment que ces obligations perturbent gravement leurs activités économiques, professionnelles et familiales. Ils condamnent également les sanctions financières imposées aux personnes absentes lors de ces travaux, lesquelles s’élèveraient, selon leurs témoignages, à 10 000 francs burundais, alors que la population traverse déjà une situation économique particulièrement difficile.
L’Organisation King Umurundi Freedom condamne ces pratiques, qu’elle considère comme une atteinte aux droits fondamentaux des citoyens, notamment à la liberté de gérer leurs activités professionnelles et familiales. Elle estime qu’il est inadmissible que des citoyens soient contraints d’interrompre leurs occupations trois jours par semaine pour participer à des activités qui compromettent leurs moyens de subsistance, le droit à l’éducation et le développement socio-économique des communautés.