Troisième partie sur les pratiques controversées au sein de l’Assemblée nationale
Pourquoi le président de l’Assemblée nationale, Daniel Gélase NDABIRABE, semble-t-il s’employer à placer progressivement cette institution républicaine sous l’influence d’un cercle restreint de proches, avec une présence particulièrement importante de personnes originaires d’une même province ?
Quelle est la finalité réelle d’une telle démarche ? Quels en sont les fondements ? Et surtout, comment expliquer que des postes stratégiques au sein de l’administration de l’Assemblée nationale soient, de manière récurrente, confiés à des personnes présentées comme originaires d’une seule et même province ?
Comme annoncé dans les précédents volets, nous poursuivons notre travail d’interpellation et de dénonciation de pratiques qui, au sein de l’Assemblée nationale, soulèvent de profondes préoccupations quant à la gouvernance de cette institution, à la transparence dans la gestion des responsabilités publiques et au respect du principe d’égalité entre les citoyens.
Dans le premier volet, nous avions mis en lumière la nomination du propre enfant de Daniel Gélase NDABIRABE, encore élève, à une fonction particulière au sein de son entourage administratif, en lui confiant notamment des responsabilités liées à son intendance.
Dans le deuxième volet, nous avions également évoqué la volonté de faire intégrer au sein de l’Assemblée nationale son ancienne épouse, avec laquelle il a eu un enfant, afin de lui attribuer des responsabilités au sein de cette institution. Face aux nombreuses réserves et mises en garde qui auraient été formulées, cette démarche aurait finalement été abandonnée.
Pris séparément, chacun de ces faits pourrait être présenté comme une décision administrative particulière. Mais considérés dans leur ensemble et mis en perspective avec les nominations que nous examinons aujourd’hui, ils dessinent une tendance qui mérite d’être scrutée avec la plus grande attention.
Une institution de la République ne saurait être transformée en propriété personnelle, familiale, clanique ou régionale.
Or, les faits observés donnent l’impression d’une volonté de constituer autour du président de l’Assemblée nationale un appareil administratif reposant prioritairement sur des personnes considérées comme proches, loyales et suffisamment acquises à sa cause pour faciliter la mise en œuvre de ses orientations.
Si cette tendance venait à se confirmer, il s’agirait d’une dérive institutionnelle particulièrement préoccupante.
UNE EMPRISE QUI SOULÈVE DE GRAVES INTERROGATIONS
Malgré les mécontentements et les interrogations qui semblent circuler au sein de l’institution, Daniel Gélase NDABIRABE poursuit sa démarche avec une assurance qui ne peut manquer d’interpeller.
D’où tire-t-il une telle capacité d’imposer ses choix ?
Quels sont les mécanismes politiques qui lui permettent de disposer d’une telle latitude dans la distribution des responsabilités ?
Bénéficie-t-il de protections ou de soutiens particuliers en raison de sa position au sein des structures dirigeantes du parti au pouvoir, notamment au sein du comité des sages du CNDD-FDD ?
Ces interrogations ne peuvent être évacuées d’un revers de main. Elles deviennent d’autant plus légitimes lorsque l’on examine la manière dont les responsabilités semblent progressivement être redistribuées au sein de l’administration de l’Assemblée nationale.
Une institution aussi importante ne peut fonctionner dans l’opacité, ni être soumise à des logiques de proximité personnelle, familiale ou régionale.
L’ASSEMBLÉE NATIONALE SERAIT-ELLE EN TRAIN DE DEVENIR L’« ASSEMBLÉE DE BUTANYERERA » ?
En ce 14 août 2026, nous attirons l’attention de l’opinion publique sur une situation qui mérite des explications précises et publiques : la concentration particulièrement importante de responsabilités entre les mains de personnes présentées comme originaires de Butanyerera, province dont est également issu le président de l’Assemblée nationale.
Selon les informations dont nous disposons, une part considérable des postes administratifs et techniques les plus importants serait aujourd’hui occupée par des personnes originaires de cette même province.
Plus préoccupant encore, certains responsables provenant d’autres régions auraient été écartés de leurs fonctions ou privés des responsabilités qu’ils exerçaient, tandis que les postes concernés auraient ensuite été attribués à des personnes issues de Butanyerera.
Si ces éléments sont confirmés, ils soulèvent une question fondamentale, à laquelle les responsables concernés doivent être en mesure de répondre :
L’Assemblée nationale est-elle toujours l’Assemblée de la République du Burundi, représentant l’ensemble de la Nation, ou sommes-nous en train d’assister à la constitution progressive d’une « Assemblée de Butanyerera » placée sous l’influence d’un seul homme ?
Une institution nationale ne saurait être administrée comme un domaine privé, encore moins comme un territoire réservé à une origine régionale particulière.
LES RESPONSABLES PRÉSENTÉS COMME ORIGINAIRES DE BUTANYERERA
Selon les informations recueillies, les personnes suivantes, présentées comme originaires de Butanyerera, occupent actuellement d’importantes fonctions au sein de l’administration de l’Assemblée nationale :
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NIYINDORERA Fidélité — Secrétaire générale
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BIZUMUREMYI Fabien — Secrétaire général adjoint
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SABUSHIMIKE Gorgon — Chef du protocole
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KWIZERA Charité — Directrice administrative et financière (DAF), récemment remplacée ; les circonstances et les motifs de cette décision feront l’objet d’un prochain volet
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IYAMPEZAGIYE Solange — Conseillère principale chargée des affaires sociales, présentée comme l’épouse du gouverneur de Butanyerera, Victor SEGASAGO
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MACUMI Liévin — Conseiller principal juridique
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MUCO Guillaume — Conseiller principal politique et diplomatique
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HARERIMANA Jeanne Chantal — Conseillère principale chargée des commissions
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NDIKUMANA Pauline — Conseillère principale chargée de la questure
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NIYONZIMA Nicolas — Conseiller principal chargé de la sécurité, ancien colonel
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NININAHAZWE Alfred — Directeur législatif
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MANIRAMBONA Josélyne — Cheffe du service logistique
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MWIZIGIRWA Aimable — Secrétaire particulier
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Annick — Secrétaire particulière adjointe
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AYINKA Yves — Chef des ressources humaines
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NZEYIMANA David — Chef du service informatique
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HAVYARIMANA Libert — Chef du service du charroi
La concentration d’un nombre aussi important de responsabilités au sein d’un même espace régional ne saurait être réduite à une simple coïncidence administrative sans qu’une explication sérieuse ne soit apportée.
LA RÉPUBLIQUE NE PEUT ÊTRE GOUVERNÉE SELON UNE LOGIQUE DE CLAN
Le Burundi est une République. Ses institutions appartiennent à la Nation et non à ceux qui les dirigent à un moment donné.
L’Assemblée nationale doit être administrée selon des critères transparents et objectifs : compétence, intégrité, expérience, mérite, probité, égalité de traitement et intérêt général.
L’origine provinciale, les liens familiaux, la proximité personnelle ou la loyauté envers un responsable politique ne sauraient devenir les critères déterminants d’accès aux responsabilités publiques.
Les faits que nous rapportons soulèvent donc de sérieuses interrogations quant au respect des principes d’égalité, de neutralité administrative, de transparence et de bonne gouvernance.
Nous demandons que toute la lumière soit faite sur les procédures ayant conduit à ces nominations, mutations et révocations.
Les autorités compétentes doivent être en mesure d’expliquer, de manière claire et documentée, les critères ayant présidé à chaque décision et de démontrer que ces critères sont appliqués sans discrimination à l’ensemble des citoyens.
L’Assemblée nationale n’est ni un patrimoine familial, ni un fief régional, ni la propriété personnelle de son président.
Elle est une institution de la République.
Elle appartient au peuple burundais.
Toute tentative visant à transformer une institution républicaine en instrument personnel, familial, clanique ou régional constituerait une dérive grave que notre organisation refuse de banaliser.
Nous condamnons fermement toute pratique susceptible d’exclure certains citoyens de l’accès aux responsabilités publiques en raison de leur origine régionale ou de leur absence de proximité avec les détenteurs du pouvoir.
Nous appelons, par conséquent, à une réévaluation urgente et transparente de ces pratiques ainsi qu’au rétablissement des principes de mérite, d’équité, de responsabilité et de bonne gouvernance.
Car une question demeure, et elle mérite une réponse publique, claire et sans détour :
À qui appartient réellement l’Assemblée nationale : au peuple burundais, à la République, ou à Daniel Gélase NDABIRABE ?
C’est ici que s’achève le troisième volet de notre série consacrée aux pratiques et aux dysfonctionnements qui suscitent de profondes interrogations au sein de l’Assemblée nationale.
Nous poursuivrons, dans les prochains volets, notre travail d’investigation et d’interpellation en mettant en lumière d’autres éléments qui, à nos yeux, méritent d’être portés à la connaissance de l’opinion publique.
Notre démarche demeure guidée par une exigence essentielle : la transparence dans la gestion des institutions publiques, l’égalité entre les citoyens et la défense de l’intérêt général.