Ces derniers jours, plusieurs médecins burundais ont été arrêtés par les services de renseignement, tandis que d’autres ont été intimidés. Les raisons de ces mesures restent floues, mais elles suscitent une profonde inquiétude dans le secteur de la santé.
Après avoir pris connaissance de ces arrestations, King Umurundi Freedom a mené une enquête approfondie. Il apparaît que cinq médecins ont été détenus, tandis que d’autres subissent encore des pressions et des intimidations. Nous reviendrons sur cette affaire en trois volets.
En substance, ces médecins sont visés pour avoir discuté, au sein de leur groupe syndical WhatsApp, des mesures à prendre pour améliorer la rémunération et les conditions de travail des praticiens burundais. Leur objectif :
● Garantir une meilleure reconnaissance aux médecins,
● Freiner l’exode des professionnels vers l’étranger,
● Améliorer la qualité des soins au Burundi.
S’agit-il d’une tentative d’intimidation orchestrée par l’État pour les réduire au silence ? Pourquoi ces arrestations brutales et sans avertissement officiel ?
Tous ces médecins appartiennent au Syndicat SYMEGEB (Syndicat des Médecins Généralistes du Burundi), dirigé par le Dr Aimable NDABEREYE, assisté du vice-président, Dr Eric KANEZA.
Pour contextualiser, rappelons qu’en 2024, le ministre de la Santé, Lyduine BARADAHANA, avait reconnu devant l’Assemblée nationale que le secteur souffrait de graves problèmes de rémunération, poussant de nombreux médecins à quitter le pays pour des opportunités mieux rémunérées à l’étranger. À l’époque, le salaire moyen d’un médecin au Burundi ne dépassait pas 457 000 FBu (moins de 100 USD).
Le ministre avait annoncé qu’un plan d’augmentation salariale était en cours, mais aucune directive officielle n’a été publiée. Certains hôpitaux ont appliqué des primes de manière autonome, tandis que d’autres ne l’ont pas fait.
Parmi les exemples :
■ Hôpital Mutaho (Gitega) : prime de 500 000 FBu par médecin,
■ Hôpital régional de Gitega : prime similaire,
■ Hôpitaux de Rumonge, Ngozi et Kayanza : primes appliquées également.
Face à ce manque de coordination, les médecins ont commencé à se structurer via leur syndicat pour défendre leurs droits, améliorer leurs conditions de travail et garantir la stabilité du système de santé. Dès juillet 2024, des réunions régulières ont été organisées par :
1. Dr Aimable NDABEREYE, président,
2. Dr Eric KANEZA, vice-président,
3. Dr Donatien HABINTWARI, trésorier,
4. Dr Innocent NZIRORERA, secrétaire,
et d’autres responsables syndicaux.
Ces réunions avaient deux objectifs principaux :
🔹Réduire l’exode des médecins burundais face à une pénurie inquiétante,
🔹Définir des mesures permettant d’améliorer leur niveau de vie et sécuriser leur exercice professionnel, afin d’assurer des soins de qualité dans les hôpitaux publics, souvent confrontés à des conditions de travail difficiles et à un sous-financement chronique.
Dans la deuxième partie de notre reportage, nous détaillerons les discussions qui ont eu lieu lors de ces réunions et la manière dont elles ont été perçues et suivies par les autorités.