Des employés du Ministère du Travail et de la Fonction Publique dénoncent des prélèvements prolongés sur leurs salaires au profit d’une coopérative créée par l’ancien ministre Venuste MUYABAGA, récemment réintégré dans ses fonctions. Cette situation soulève des interrogations sur la gestion financière et la gouvernance interne de la coopérative.
🔶 Origine du projet et structure financière
Le ministre avait initié une coopérative appelée VILLAGE BERIKIVI, regroupant tous les employés du ministère. L’objectif déclaré était de faciliter l’accès à des logements sociaux pour les employés, constituant ainsi une forme de capital social collectif.
Pour financer le projet, la coopérative a ouvert un compte à la banque CRDB. Les employés ont alors été soumis à des prélèvements obligatoires sur leurs salaires, servant de caution bancaire (“aval”) pour la future construction des logements. Ces prélèvements représentent une mobilisation forcée de capitaux salariés pour financer un projet d’investissement immobilier.
Cependant, la gestion centralisée et opaque des fonds par Venuste MUYABAGA a rapidement créé des tensions. Il gardait le contrôle exclusif des flux financiers, procédant à des transferts d’un compte à l’autre sans aucune transparence comptable ni consultation des membres de la coopérative, ce qui soulève des questions sur la responsabilité fiduciaire et le risque moral dans la gestion de la coopérative.
🔶 Opacité du projet et risques d’investissement
Les membres se sont interrogés sur l’avancement réel du projet. On leur a indiqué qu’un terrain avait été acquis à Kabezi (Privince Bujumbura) pour construire les logements, mais l’accès au site leur a été refusé. Cette information asymétrique a renforcé le sentiment d’opacité, compromettant la confiance des contributeurs dans le projet et accentuant le risque perçu de perte du capital investi.
🔶 Reprise des fonctions de Venuste MUYABAGA et tensions accrues
Après sa réintégration le 05/08/2025, la situation s’est aggravée. Les employés ont constaté que les membres du comité de gestion commençaient à exiger des contributions supplémentaires, et certains fonds de la coopérative semblaient détournés ou mal gérés.
Selon des sources bancaires, environ 700 millions FBu avaient déjà été versés pour le projet. L’absence de comptabilité transparente et de reporting financier a exacerbé les inquiétudes sur le risque de malversation et de dilapidation des actifs.
🔶 Réunion exceptionnelle de la coopérative
Face à cette situation, les membres ont organisé une réunion générale le 24/10/2025 à l’école ENA, selon le procès-verbal obtenu.
Venuste MUYABAGA a refusé de se présenter, alors qu’il dirigeait le comité de gestion. Les participants ont exprimé leurs préoccupations sur la sécurité financière et l’affectation des fonds, constatant que la situation bancaire de la coopérative était opaque et que le contrôle interne faisait défaut.
À l’issue de cette réunion, il a été décidé :
● d’arrêter immédiatement les prélèvements sur les salaires,
● que aucun membre du comité ne soit autorisé à réclamer des contributions supplémentaires,
● et que la situation financière de la coopérative soit clarifiée avec un audit interne d’ici le 29/10/2025.
🔶 Lettre adressée aux autorités
Le 30/10/2025, les employés ont adressé une lettre confidentielle au responsable du CTI au sein du ministère, demandant officiellement l’arrêt des prélèvements pour la coopérative VILLAGE BERIKIVI et la mise en place d’une transparence financière complète.
🔶 Restitution des fonds prélevés et recommandations économiques
Même si les prélèvements ont été suspendus, les employés réclament désormais la restitution des fonds déjà prélevés. Ils demandent également que Venuste MUYABAGA se présente publiquement pour clarifier la situation et garantir la gestion responsable et transparente des fonds, craignant que l’argent ait été irrémédiablement utilisé ou détourné.
Cette affaire met en lumière la nécessité d’une gouvernance coopérative efficace, de procédures comptables rigoureuses et d’un contrôle externe pour sécuriser les investissements des employés et protéger leurs droits financiers.