Voilà plus de deux semaines que GAHUNGU Thadée a disparu, sans que sa famille ni l’opinion publique ne sachent où il se trouve ni pour quelle raison il a été enlevé par des agents des services de renseignement.
Aujourd’hui, nous revenons sur la disparition forcée de ce citoyen, pour laquelle nous avions déjà lancé une alerte publique (lien …), à la lumière de nouvelles informations recueillies au cours de nos investigations.
🔶 Identité de la victime
GAHUNGU Thadée, âgé de 49 ans, réside au quartier KAMESA I, Zone Musaga, dans la ville de Bujumbura. Il est marié et père de trois enfants.
Il travaillait comme chauffeur au sein de la société privée de sécurité Garda World Security, basée près du Jardin Public de Bujumbura, où il était décrit comme un employé sérieux, discipliné et digne de confiance.
Le vendredi 16 janvier 2026, vers 17 heures, GAHUNGU Thadée quitte son lieu de travail pour rentrer chez lui. Il n’arrivera jamais à destination. Depuis ce jour, sa famille est sans nouvelles.
🔶 Bref rappel du parcours de GAHUNGU Thadée
GAHUNGU Thadée est un ancien militaire des ex-FAB. Lors des manifestations de 2015 contre le troisième mandat de feu Pierre Nkurunziza, il se trouvait en mission de maintien de la paix en Somalie.
Il est rentré au Burundi en mai 2016, soit un an après les événements de 2015, et a été affecté au 11ᵉ Bataillon Blindé, alors récemment transféré de Randa (Bubanza).
🔶 Premières persécutions après son retour
En 2016, GAHUNGU Thadée est arrêté et détenu au Service national de renseignement (SNR) à Bujumbura, avant d’être transféré à la prison centrale de Ngozi.
Il est accusé d’atteinte à la sûreté de l’État et de détention illégale d’armes.
Des témoignages concordants de ses anciens collègues indiquent pourtant que ces accusations étaient fabriquées, GAHUNGU n’ayant jamais quitté son camp depuis son retour de Somalie.
Il restera cinq ans en détention, avant d’être libéré en avril 2021, ayant entre-temps perdu son emploi dans l’armée. C’est après cette libération qu’il rejoint le secteur privé, notamment Garda World Security.
🔶 Enlèvement du 16 janvier 2026 : nos investigations
Nos enquêtes confirment que le 16 janvier 2026, peu avant sa disparition, deux numéros de téléphone inconnus ont insisté pour joindre GAHUNGU Thadée.
Nous avons décidé de ne pas rendre publics ces numéros à ce stade, pour des raisons de sécurité. Toutefois, en cas de nécessité, ils pourront être rendus publics ultérieurement.
Sur le chemin du retour, GAHUNGU s’arrête dans un débit de boisson situé sur l’avenue 1 de Gasekebuye, Rivers Bar Nyakizu (chez Ange), à proximité immédiate du Lycée Municipal de Musaga. Il y avait été convié par une personne qui l’avait appelé pour un rendez-vous.
À son arrivée, il retrouve deux individus, sans se douter qu’il s’agissait d’un piège soigneusement organisé.
Peu après, un véhicule de type TI, aux vitres teintées, sans plaque d’immatriculation, arrive sur les lieux.
À bord se trouvaient trois agents des services de renseignement : deux en uniforme de police et un en tenue civile.
GAHUNGU Thadée est interpellé de force, embarqué dans le véhicule, qui repart immédiatement en direction du centre-ville de Bujumbura.
🔶 Disparition totale et inquiétude grandissante
Depuis cet enlèvement, aucune information officielle n’a été communiquée concernant son lieu de détention, son état de santé ou les motifs de son arrestation.
Son employeur affirme n’avoir aucun différend avec lui et confirme qu’il n’était impliqué dans aucune affaire disciplinaire ou judiciaire.
À ce jour, GAHUNGU Thadée demeure porté disparu, plongeant sa famille, ses proches et ses collègues dans une angoisse profonde et permanente.
🔶 Appel et exigence de vérité
Face à cette situation grave, nous continuons de dénoncer une disparition forcée, en violation flagrante des droits humains fondamentaux.
Nous lançons un appel pressant à la Commission Nationale Indépendante des Droits de l’Homme (CNIDH) afin qu’elle :
● se saisisse immédiatement de ce dossier,
● localise le lieu de détention de GAHUNGU Thadée,
● et intervienne pour garantir sa sécurité, son intégrité physique et son droit à une procédure légale.
Aucun citoyen ne doit disparaître dans le silence.
La vérité sur le sort de GAHUNGU Thadée doit être connue sans délai.