À l’issue des réunions syndicales, les médecins ont arrêté une position commune : pour garantir l’équité et permettre le redressement du système de santé, tous les médecins doivent être traités de manière identique, qu’ils exercent dans le secteur public ou dans les structures privées.
Un cadre revendicatif précis a été adopté. Il prévoit :
un salaire mensuel net de 2 000 000 FBu,
pour une durée de travail de huit heures par jour, soit quarante heures par semaine,
une rémunération forfaitaire de 50 000 FBu par garde, qu’elle soit effectuée de jour ou de nuit.
Sur cette base, la direction du syndicat a demandé aux médecins exerçant dans les cliniques privées de saisir formellement leurs employeurs afin que ce barème soit appliqué à compter du 1er décembre 2024. À défaut de mise en œuvre, une suspension du travail était envisagée.
La majorité des établissements privés concernés ont répondu favorablement à cette demande et ont procédé aux ajustements salariaux.
Selon les éléments recueillis par King Umurundi Freedom, les structures ayant appliqué ces mesures incluent notamment : KIRA Hospital, POLYCEB, Clinique Saint-Joseph (Bujumbura), Clinique Césaire, Polyclinique Ruhondogori, Nouvelle Polyclinique (ex-Polyclinique centrale de Bujumbura), RANA Neurological, Centre médical Giramahoro, Centre du Cœur, Polyclinique médicale de Kinama, ainsi que d’autres établissements.
Dans l’ensemble de ces structures, les médecins ont été régulièrement rémunérés pour le mois de décembre 2024, conformément aux engagements pris.
En revanche, certaines cliniques ont refusé d’appliquer ces décisions syndicales. Ce refus apparaît, selon nos informations, comme l’un des facteurs déterminants de la vague d’intimidations et d’arrestations visant les médecins. Parmi ces établissements figurent notamment la Polyclinique BAHO et SOLIS.
La Polyclinique BAHO, située à Kajaga, dispose du statut d’hôpital national bien qu’elle soit de nature privée. Elle est légalement représentée par l’homme d’affaires Adrien NDIKUMWENAYO, principal actionnaire, tandis que la direction médicale est assurée par Béatrice NKURUNZIZA.
Selon les informations en possession de King Umurundi Freedom, ces deux responsables seraient impliqués dans les démarches ayant conduit à l’arrestation de médecins, en lien avec les services de renseignement burundais.
Une question majeure demeure : les autorités de l’État, et en particulier le ministère de la Santé, sont-elles informées de la situation que vivent ces médecins, ou ont-elles laissé faire sans intervenir ? Dans les deux cas, le silence observé soulève de sérieuses interrogations.
À la Polyclinique BAHO comme à SOLIS, trois médecins étaient en poste dans chaque établissement. Tous ont adressé des courriers officiels à leurs employeurs afin de demander l’application des décisions syndicales. Les réponses reçues se sont limitées à des promesses vagues d’« examen du dossier », sans suite concrète.
Faute de réponse, les médecins ont notifié leur intention de suspendre le travail. Là encore, les employeurs sont restés silencieux. En conséquence, les médecins ont cessé toute activité à partir de janvier 2025. Depuis lors, ces structures fonctionnent depuis plus de trois semaines sans médecins en poste.
Les tentatives de recrutement de nouveaux praticiens se sont heurtées à une solidarité ferme et assumée au sein du corps médical, aucun médecin n’acceptant de remplacer ses confrères tant que ces derniers ne seraient pas rétablis dans leurs droits.
C’est dans ce contexte que les échanges se sont intensifiés au sein du groupe WhatsApp du syndicat des médecins, où les discussions portaient essentiellement sur la défense des droits professionnels, la solidarité syndicale et les stratégies à adopter pour obtenir des réformes durables.
Selon nos informations, des médecins proches du pouvoir auraient transmis le contenu de ces échanges aux services de renseignement. Les médecins arrêtés à ce jour sont précisément ceux qui s’exprimaient de manière ferme et structurée au sein de ce groupe. Ils sont aujourd’hui accusés d’avoir « incité » ou « mobilisé » leurs collègues.
Quand cette campagne d’intimidation a-t-elle réellement débuté ?
Qui sont les médecins arrêtés ?
Où sont-ils détenus ?
Ces questions seront traitées dans la troisième et dernière partie de cette enquête menée par King Umurundi Freedom.
Veuillez trouvez la première partie ici: Vague d’arrestation de médecins au Burundi : une inquiétude croissante. – KUF-ASBL