Alors que le Sénat examine un accord de coopération avec le Royaume du Maroc, de vives interrogations émergent sur les bénéfices réels que le Burundi pourrait en tirer, dans un contexte marqué par une faible capacité d’exportation et un déficit d’investissements.
Des échanges déséquilibrés pointés du doigt
La question des relations économiques extérieures du Burundi s’est imposée au cœur des débats au sénat. Ce mardi 13 janvier 2026, le ministre des Affaires étrangères et de la Coopération internationale, Édouard Bizimana, était invité par les députés sénateurs à l’occasion de la présentation d’un projet de loi portant sur l’accord de coopération entre le Burundi et le Royaume du Maroc.
Lors de cette séance, la première vice-présidente du Sénat, Générose Ngendanganya, a exprimé de fortes réserves. Elle a notamment mis en lumière l’absence totale d’exportations burundaises vers le Maroc, dénonçant un partenariat qui, selon elle, profite essentiellement aux importations et entraîne une sortie continue de devises.
« Le tableau présenté montre ce que le Maroc exporte vers le Burundi, mais il ne montre pas ce que le Burundi exporte », a-t-elle relevé, estimant que cette situation empêche le pays de tirer un avantage économique concret de cette coopération. Elle a également interrogé le gouvernement sur l’existence d’un plan clair visant à identifier et promouvoir des produits burundais destinés à l’exportation.
Investissements étrangers : opportunité ou risque ?
La question des investissements a également suscité de vifs échanges. Générose Ndendanganya s’est inquiétée d’un possible déséquilibre entre investisseurs marocains et burundais, ces derniers disposant de moyens nettement plus limités. Selon elle, sans mécanismes de protection et de promotion de l’entrepreneuriat local, le Burundi risque de voir sa jeunesse réduite à de simples rôles d’exécutants.
Elle a averti que les jeunes Burundais pourraient se retrouver employés par des investisseurs étrangers, bénéficiant certes d’emplois, mais sans réelle possibilité de développer des projets innovants ou structurants pour l’économie nationale. La vice-présidente du Sénat a aussi évoqué la situation des Burundais ayant étudié au Maroc, se demandant pourquoi certains sont arrêtés à leur retour au pays et s’interrogeant sur l’opportunité de les encourager à devenir des investisseurs capables de produire à l’étranger et d’exporter ensuite vers le Burundi.
La réponse du gouvernement et les critiques persistantes
En réponse à ces préoccupations, le ministre Édouard Bizimana a reconnu que le Burundi n’exporte actuellement aucun produit vers le Maroc. Il a toutefois affirmé que le pays dispose d’un potentiel important, citant notamment les fruits et les minerais comme produits exportables. Il a appelé les investisseurs burundais à saisir les opportunités offertes par l’ouverture du marché marocain.
Dans son analyse, l’Organisation King Umurundi Freedom estime que ces débats traduisent un malaise plus profond lié à la gestion économique du pays par le régime CNDD-FDD. L’organisation souligne l’absence d’investisseurs burundais solides et note que de nombreux investisseurs étrangers hésitent à s’engager au Burundi, invoquant la mauvaise gouvernance, l’insécurité juridique et des cas de persécution ou de spoliation de biens.
À la lumière de ces critiques, l’accord de coopération avec le Maroc apparaît moins comme une évidence économique que comme un révélateur des défis structurels auxquels fait face l’économie burundaise.
Vous pouvez suivre L’émission sur la chaine YouTube: https://youtu.be/6EFTFriKEUg