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Bujumbura : les percepteurs de taxes étranglés, cinq mois sans salaire et des soupçons de détournement

À Bujumbura, capitale économique du Burundi, les agents chargés de la perception des taxes municipales vivent une situation alarmante. Privés de salaire depuis cinq mois, marginalisés par les autorités locales et inquiets du sort des recettes qu’ils collectent, ils dénoncent une injustice profonde et réclament une intervention au plus haut niveau de l’État.

Cinq mois de travail sans rémunération

Les percepteurs de taxes de la mairie de Bujumbura affirment n’avoir plus perçu de salaire depuis août 2024. Depuis cette date, leurs multiples réclamations sont restées sans réponse. Pourtant, ces agents continuent chaque jour à collecter les taxes communales, tout en faisant face à une précarité grandissante.« Nous collectons l’argent de l’État au quotidien, mais nous mourons de faim », confient-ils, désabusés, à King Umurundi Freedom.

Un recrutement né de la lutte contre les détournements

Ces percepteurs ont été recrutés en 2021, sous l’autorité de l’ancien ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique, Gervais Ndirakobuca. Leur mise en place s’inscrivait dans l’initiative Semaine Témoins, destinée à comprendre pourquoi les recettes fiscales communales restaient anormalement faibles.Travaillant comme agents indépendants, ils ont rapidement permis une augmentation spectaculaire des recettes. Leur action a mis en lumière des détournements massifs : plus de 40 milliards de francs burundais qui n’atteignaient pas les caisses des communes. À cette époque, leurs efforts avaient été salués et récompensés par des salaires motivants, dépassant parfois 300 000 FBu par mois.

De héros à indésirables à la mairie de Bujumbura

La situation a basculé lorsque le ministère de l’Intérieur s’est retiré, laissant ces agents sous la seule tutelle de la mairie de Bujumbura. Dès lors, les percepteurs affirment avoir été perçus comme une menace par les autorités municipales.Selon eux, ils sont devenus indésirables parce qu’ils avaient mis au jour des pratiques frauduleuses bien installées. Sans être officiellement licenciés, ils ont progressivement été marginalisés, dans l’espoir de les pousser à la démission.

Salaires réduits et paiements retardés : une stratégie d’asphyxie

Les premiers signes de cette mise à l’écart se sont traduits par des retards de paiement, puis par une réduction drastique des salaires. De rémunérations jugées correctes, les percepteurs sont passés à des montants inférieurs à 100 000 FBu par mois. Aujourd’hui, même ce salaire dérisoire n’est plus versé depuis cinq mois.Une situation que les concernés interprètent comme une volonté délibérée de les décourager et de les faire partir.

Le retrait des quittances et la chute des recettes

Autre décision controversée : le retrait des quittances que les percepteurs utilisaient pour collecter les taxes directement auprès des commerçants, boutiques et petits marchés. Ce système avait pourtant prouvé son efficacité.Privés de ces outils, les commerçants doivent désormais se rendre eux-mêmes à la banque, une contrainte qui a entraîné une baisse significative des recettes. Les autorités municipales justifieraient ensuite la faiblesse des salaires par cette diminution des rentrées fiscales, un argument que les percepteurs jugent fallacieux

Changement de compte bancaire et soupçons de détournement

Les inquiétudes se sont accrues avec le changement récent du compte bancaire destiné à recevoir les recettes fiscales. Les fonds, autrefois versés sur le compte n°2299-01 de l’INTERBANK, sont désormais déposés sur le compte n°2299-06, toujours à l’INTERBANK, au nom de la mairie de Bujumbura.Pour les percepteurs, cette modification, combinée au non-paiement des salaires, alimente de sérieux soupçons de détournement. Ils redoutent que ces fonds servent à des intérêts privés, notamment dans un contexte où certains responsables chercheraient à se constituer des réserves financières en fin de mandat.

Un appel à l’intervention de la Présidence

Face à ce qu’ils qualifient d’injustice flagrante, les percepteurs de taxes de Bujumbura demandent la mise en place d’une commission d’enquête indépendante, issue de la Présidence de la République. Ils réclament à la fois un audit clair sur la gestion des recettes communales et le paiement immédiat de leurs salaires.Une crise qui, au-delà de la détresse sociale des agents concernés, pose une fois de plus la question de la transparence et de la gouvernance des finances publiques au niveau local.

King Umurundi Freedom, 02 mai 2025