La Banque mondiale a finalement rejeté la procédure d’attribution du marché, après avoir relevé des irrégularités présumées dans le processus.
Une procédure de passation de marché sous haute tension
L’Organisation King Umurundi Freedom a mené une enquête sur le processus d’attribution du marché relatif au développement du logiciel SIGEFP (Système Intégré de Gestion des Finances Publiques), financé par la Banque mondiale dans le cadre du projet PAFEN : Projet d’Appui aux Fondations de l’Économie Numérique. Il convient de rappeler que cette plateforme numérique est destinée au suivi et à la gestion des finances publiques dans le cadre de la nouvelle organisation administrative des provinces récemment mises en place.
Selon les informations recueillies par notre organisation, ce marché, d’une valeur de plusieurs millions de dollars américains, aurait été marqué par de nombreuses irrégularités visant à favoriser la société burundaise MEDIABOX, dirigée par Donatien NDAYISHIMIYE, au détriment d’autres entreprises internationales concurrentes.
Notre précédente enquête révélait déjà que la société tunisienne SIGA, initialement classée en tête lors d’une première procédure, n’avait finalement pas obtenu le marché après le lancement d’une nouvelle procédure de passation le 14 mai 2025, malgré le fait que cette société gagnante avait déjà reçu une lettre de notification et deux invitations officielles à cet effet, validées par la Banque mondiale. D’après nos informations, cette relance serait intervenue à la suite d’interventions menées par des responsables du projet PAFEN et de la société MEDIABOX afin de remettre le marché en concurrence.
Après avoir eu connaissance de ces présumées magouilles et les avoir investiguées, notre organisation avait décidé de lancer une alerte en avril 2026 afin de demander que toutes les instances habilitées, dont la Banque mondiale, commencent à suivre de près ce processus. Après la publication de ces révélations par King Umurundi Freedom, plusieurs changements sont intervenus dans la conduite de la procédure. Nos sources indiquent notamment que la composition de la commission chargée du marché a été modifiée et que le délai de dépôt des offres, initialement fixé au 5 mai 2026, a été prolongé jusqu’au 19 mai 2026. Cette prolongation a permis à davantage d’entreprises internationales de participer à l’appel d’offres, alors qu’au départ, le dépôt des dossiers avait été accéléré afin de permettre l’attribution du marché à MEDIABOX sans véritable concurrence, puisque seules trois sociétés avaient présenté leurs dossiers.
Une concurrence internationale élargie
A la clôture de cette nouvelle procédure, dix entreprises étaient en compétition :
LINPICO (France) ;
FreeBalance Inc. (Canada) ;
SNDI (Côte d’Ivoire) ;
CRAFT SILICON LTD (Kenya) ;
Techno Brain Global FZ-LLC (Émirats arabes unis) ;
SIGA (Tunisie) ;
KONTEL (Tunisie) ;
PERFODEV (Burkina Faso) ;
Société de l’Informatique de Management et de la Communication (Burundi) ;
MEDIABOX (Burundi).
Cette fois-ci, MEDIABOX s’est associée, pour cette procédure, à la société ivoirienne SNDI.
Selon nos informations, cette association visait notamment à renforcer la crédibilité technique de MEDIABOX, dont le directeur, Donatien NDAYISHIMIYE, demeurait néanmoins le principal représentant dans le dossier.
Des modifications répétées des commissions d’évaluation
Toujours selon nos sources, après l’ouverture des offres le 19 mai 2026, les autres sociétés ont été éliminées sur la base de certains critères d’évaluation technique. À ce stade, seules deux sociétés restaient en lice : la société tunisienne SIGA et MEDIABOX. Selon nos sources, la société SIGA arrivait toujours en tête lors des évaluations techniques. C’est à partir de ce moment que de nouvelles manœuvres visant à écarter une nouvelle fois la société SIGA auraient commencé. Plusieurs commissions d’évaluation se seraient succédé et trois changements de composition auraient été opérés au cours de la procédure.
Les informations recueillies par King Umurundi Freedom indiquent que ces modifications seraient intervenues alors que la société SIGA continuait d’obtenir les meilleures évaluations techniques.
Nos sources affirment que le ministre des Finances, Dr Alain NDIKUMANA, aurait exercé une influence en faveur de MEDIABOX. Ces allégations sont également associées au rôle attribué à Bienvenu IRAKOZE, coordinateur du projet PAFEN au Burundi et également Secrétaire exécutif du SETIC (Secrétariat Exécutif des Technologies de l’Information et de la Communication).
Une exigence inhabituelle imposée à la société SIGA
Notre enquête révèle qu’à la date du 26 mai 2026, la dernière commission d’évaluation aurait demandé à la société SIGA de présenter, dans un délai de 72 heures, les attestations originales relatives à une dizaine de marchés déjà exécutés dans d’autres pays.
D’après les informations obtenues, cette exigence ne figurait pas dans le Dossier d’Appel d’Offres (DAO).
SIGA aurait répondu que les copies certifiées de ces documents avaient déjà été intégrées dans son offre, conformément aux exigences du marché, et qu’il était matériellement impossible de produire les originaux dans un délai aussi court. L’entreprise aurait également rappelé que son expérience internationale pouvait être vérifiée à travers les marchés publics déjà exécutés et les informations accessibles publiquement.
Une évaluation contestée
Nos sources indiquent qu’à l’issue de cette étape, la commission aurait attribué à MEDIABOX une note supérieure à 80 %, tandis que SIGA aurait obtenu une note inférieure à 20 %.
Cette évaluation aurait permis de classer MEDIABOX en première position et de préparer un rapport recommandant son attribution du marché.
Cependant, selon plusieurs sources internes au projet PAFEN, cette décision aurait suscité de fortes contestations. Plusieurs responsables auraient estimé que les critères utilisés pour écarter SIGA ne reposaient sur aucune disposition prévue par le dossier d’appel d’offres.
Malgré ces réserves, nos informations indiquent que le ministre Dr Alain NDIKUMANA aurait demandé au coordinateur du PAFEN, Bienvenu IRAKOZE, d’accélérer la finalisation du rapport d’évaluation afin qu’il soit rapidement transmis à la Banque mondiale pour approbation. Ici, une question se pose : pourquoi le ministre se serait-il entendu avec Bienvenu IRAKOZE pour accélérer ce rapport alors qu’il y avait déjà des tensions au sein du PAFEN ?
Le rejet de la procédure par la Banque mondiale
Au début du mois de juin 2026, le rapport d’évaluation aurait été officiellement transmis à la Banque mondiale.
Selon les informations obtenues par King Umurundi Freedom, après examen du dossier, la Banque mondiale aurait relevé d’importantes irrégularités dans la procédure.
Le 10 juillet 2026, elle aurait rejeté le rapport d’évaluation et demandé que le processus soit repris conformément aux règles applicables aux marchés financés par l’institution.
Nos sources indiquent que la Banque mondiale aurait exigé la relance complète de la procédure de passation du marché, estimant que les nombreuses irrégularités relevées ne permettaient pas de poursuivre le processus dans son état.
Des interrogations sur le rôle du ministre des Finances
Notre enquête soulève plusieurs interrogations concernant le rôle joué par le ministre des Finances, Dr Alain NDIKUMANA.
Au regard des informations recueillies, il apparaît que celui-ci se serait personnellement impliqué dans un processus normalement conduit selon des règles techniques et administratives précises.
Les motivations de cette implication seront révélées par notre organisation dans les prochaines publications, mais, à ce stade, il convient de se demander comment et pourquoi un haut responsable d’une telle institution aurait osé faciliter ou accélérer ces présumées magouilles afin que ce rapport soit rapidement transmis à la Banque mondiale.
Quels risques pour le Burundi ?
Au-delà des irrégularités dénoncées, cette situation pourrait avoir des conséquences importantes pour les finances publiques et la modernisation de l’administration burundaise.
Le logiciel SIGEFP constitue l’un des piliers de la réforme de la gestion des finances publiques. Son déploiement est essentiel pour accompagner la mise en œuvre des nouvelles structures administratives et améliorer la transparence dans l’exécution budgétaire.
Le rejet de la procédure par la Banque mondiale fait peser plusieurs risques majeurs :
un retard significatif dans la modernisation du système de gestion des finances publiques ;
une mauvaise utilisation des financements internationaux si la procédure devait continuer à être entachée d’irrégularités ;
la possibilité que le projet ne puisse être exécuté dans les délais prévus, le programme PAFEN devant s’achever le 27 juin 2028 ;
dans le pire des scénarios, une remise en cause du financement par la Banque mondiale si les exigences de conformité ne sont pas respectées.
L’absence de mise en œuvre du SIGEFP compromettrait également l’objectif de numérisation de la gestion budgétaire au niveau des nouvelles provinces, maintenant un système largement manuel, souvent considéré comme plus vulnérable aux erreurs, aux irrégularités et aux risques de mauvaise gouvernance.
Conclusion
Les informations recueillies par King Umurundi Freedom mettent en évidence une succession d’irrégularités présumées dans le processus d’attribution du marché du logiciel SIGEFP. Selon nos sources, ces pratiques visaient à favoriser une entreprise déterminée au détriment des règles de concurrence et des procédures prévues par les bailleurs internationaux.
Le rejet du rapport d’évaluation par la Banque mondiale constitue un développement majeur dans ce dossier et confirme la nécessité d’un examen approfondi des conditions dans lesquelles cette procédure a été conduite.
King Umurundi Freedom poursuivra ses investigations afin d’établir les responsabilités éventuelles de l’ensemble des personnes impliquées et d’informer le public sur les suites de cette affaire.