Les détenus de la prison centrale de Ruyigi, située dans la province de Buhumuza, tirent la sonnette d’alarme face aux abus qu’ils affirment subir de la part de leur codétenu chargé de les encadrer, communément appelé le « Général » de la prison, dénommé Sebushahu Augustin.
Un détenu au passé criminel controversé placé à la tête des autres prisonniers
Avant d’exposer les griefs formulés par les détenus, il convient de rappeler brièvement le parcours de Sebushahu Augustin ainsi que les faits criminels qui lui sont reprochés.
Originaire de la colline Muhweza, commune de Cankuzo, dans l’ancienne province de Cankuzo, Sebushahu Augustin a été incarcéré pour la première fois à la prison centrale de Ruyigi en 2013. Selon les informations recueillies, il avait alors été poursuivi pour le meurtre de son épouse, qu’il aurait tuée à coups de machette à leur domicile. Il est resté détenu pendant sept ans avant d’être libéré en 2020.
Une nouvelle affaire d’homicide après sa libération
Un an seulement après sa remise en liberté, soit en 2021, Sebushahu Augustin aurait été impliqué dans une nouvelle affaire de meurtre dans la province de Cankuzo. Selon les informations recueillies, la victime était une personne atteinte d’albinisme. À la suite de cette affaire, il a été de nouveau arrêté et transféré à la prison centrale de Ruyigi, où il demeure détenu à ce jour dans l’attente de l’issue de la procédure judiciaire ou en exécution des décisions rendues dans ce dossier.
Depuis son retour dans cet établissement pénitentiaire, il a été désigné comme représentant ou chef des détenus, fonction communément appelée « Général » de la prison.
Des accusations de violences, d’extorsion et d’abus d’autorité
Selon plusieurs détenus de la prison centrale de Ruyigi, la situation serait devenue particulièrement préoccupante ces derniers temps. Ils accusent Sebushahu Augustin de commettre de graves abus à leur encontre, notamment des violences physiques, des intimidations et des actes d’extorsion.
Les détenus citent notamment le cas de plusieurs prisonniers qui auraient récemment été violemment battus par ce responsable, au point de subir de graves blessures les empêchant même de s’asseoir normalement.
Ils indiquent avoir déjà porté leurs doléances auprès du directeur de la prison, Emerusabe Eric, mais affirment qu’aucune mesure concrète n’a été prise jusqu’à présent. Cette absence de réaction renforcerait, selon eux, le sentiment d’impunité dont bénéficierait Sebushahu Augustin. Celui-ci déclarerait régulièrement aux autres détenus qu’ils ne disposent d’aucun recours contre lui en raison du soutien dont il jouirait auprès de la direction de l’établissement.
Les plaignants l’accusent également de s’approprier les biens appartenant aux détenus. Selon leurs témoignages, il procéderait à des fouilles visant notamment les téléphones portables détenus par certains prisonniers, avant de les confisquer définitivement. Il leur expliquerait ensuite que ces appareils ont été remis à l’administration pénitentiaire. Toutefois, lorsque les propriétaires se renseignent auprès des services concernés, ils affirment ne retrouver aucune trace de leurs téléphones. Ils considèrent dès lors ces agissements comme des actes assimilables à des détournements ou à des confiscations abusives.
« Lorsqu’il maltraite les détenus, il invoque toujours des fautes prétendument commises. Cependant, selon nous, son véritable objectif est d’obtenir de l’argent. Les prisonniers n’ont aucun moyen de se faire entendre, car la direction de la prison est informée de la situation mais n’intervient pas pour mettre fin à ces abus », confie l’une de nos sources.
Appel à l’intervention des autorités compétentes
Face à cette situation, les détenus de la prison centrale de Ruyigi demandent avec insistance aux autorités pénitentiaires compétentes ainsi qu’aux instances chargées de la protection des droits humains d’intervenir afin de mettre un terme aux mauvais traitements, aux violences et aux abus dont ils affirment être victimes.
Ils sollicitent également l’ouverture d’enquêtes indépendantes sur les allégations formulées à l’encontre de Sebushahu Augustin et sur l’éventuelle responsabilité des responsables de l’établissement pénitentiaire qui, selon eux, auraient été informés de ces faits sans y apporter de réponse adéquate.