Où ces hommes ont-ils été emmenés ? Pourquoi ces anciens collaborateurs seraient-ils devenus la cible des services de renseignement ? Comment leur enlèvement aurait-il été préparé ? Quel responsable du renseignement aurait orchestré cette opération ? Quel véhicule aurait été utilisé ? Sont-ils encore en vie ?
Telles sont les principales interrogations au cœur de l’enquête menée par l’organisation King Umurundi Freedom à la suite de la disparition de Vincent NSENGIYUMVA et d’Anicet NSENGIYUMVA, deux anciens collaborateurs des services de renseignement burundais. Les informations recueillies au cours de nos investigations permettent de mieux comprendre le contexte de leur disparition ainsi que les circonstances qui l’auraient précédée.
Nous rappelons que Vincent NSENGIYUMVA, surnommé « Master », et Anicet NSENGIYUMVA ont disparu le 22 mai 2026 alors qu’ils se trouvaient au quartier Nyabugete I, dans un établissement connu sous le nom de MINO RESTO BAR, en compagnie d’un certain Franck, présenté comme collaborateur du renseignement militaire (G2).
Selon les informations déjà publiées, Anicet aurait reçu, aux environs de 19 heures, un appel téléphonique lui demandant de descendre pour rencontrer une personne. Il aurait alors demandé à Vincent de l’accompagner.
Qui a réellement appelé Anicet à ce moment-là ?
Selon les informations recueillies au cours de nos investigations, Anicet a été contacté par téléphone par l’un de ses collègues, SENGIYUMVA Nordin, surnommé « Robati », lui aussi informateur des services de renseignement. Celui-ci serait très proche du Commissaire général de brigade de police Domitien NIYONKURU, directeur du renseignement intérieur (DDI), qui serait, selon nos sources, l’initiateur de cette opération d’enlèvement.
Le trafic de carburant de contrebande : origine présumée du conflit
Dans nos précédentes publications, nous indiquions que plusieurs informateurs opérant dans la région de Gatumba étaient impliqués dans différentes activités liées au commerce transfrontalier.
Vincent aurait notamment été connu pour son implication dans le commerce de carburant provenant de la République démocratique du Congo, activité qu’il aurait exercée avec Franck. Anicet se serait également lancé dans ce commerce mais en pratiquant des prix plus avantageux pour les clients, ce qui aurait provoqué des tensions avec certains de ses associés.
Selon plusieurs témoignages, ces acteurs participaient également à des opérations de saisie de carburant introduit clandestinement au Burundi. Des sommes d’argent auraient ensuite été exigées aux propriétaires afin d’obtenir la restitution de leurs biens.
L’élément déclencheur
Le 19 mai 2026 constituerait un tournant dans cette affaire.
Selon les informations recueillies, un proche d’Anicet l’aurait sollicité afin de faciliter le passage d’une cargaison de carburant en provenance de la République démocratique du Congo. Anicet aurait accepté cette demande mais aurait parallèlement informé Franck de l’opération.
Lorsque le véhicule transportant le carburant serait arrivé dans la zone de la Ruzizi, sur l’axe reliant Gatumba au centre-ville de Bujumbura, il aurait été intercepté par Franck et ses associés.
Les enquêteurs de King Umurundi Freedom rapportent que le chargement comprenait 830 jerricans d’essence, localement appelés « igikinju », représentant approximativement 1 250 litres de carburant.
Après cette interception, une somme de 5 000 dollars américains aurait été exigée en échange de la restitution du véhicule et de sa cargaison. Le propriétaire aurait remis cet argent à Anicet, considéré comme un intermédiaire de confiance.
Cependant, selon plusieurs témoignages, Anicet aurait conservé la totalité de cette somme sans la partager avec les autres personnes impliquées. Ce comportement aurait fortement détérioré ses relations avec ses associés.
Par la suite, certains de ses collègues auraient demandé à Vincent d’intervenir afin de convaincre Anicet de revenir et de restituer une partie de l’argent. Celui-ci aurait finalement présenté ses excuses et remis une somme de 1 500 000 francs burundais. Cet arrangement n’aurait toutefois pas permis d’apaiser les tensions.
Selon plusieurs sources, c’est à partir de ce moment qu’aurait commencé la préparation d’un plan destiné à l’écarter définitivement.
Comment l’enlèvement d’Anicet aurait-il été préparé ?
Après ces événements, plusieurs de ses collègues auraient entrepris de préparer son éviction.
Selon nos informations, d’anciens dossiers concernant des sommes d’argent qu’Anicet aurait prétendument détournées par le passé auraient été remis en avant. Ces sommes auraient, selon certaines sources, dû être partagées avec le Commissaire général de brigade de police Domitien NIYONKURU, directeur du DDI.
Dans le cadre de cette opération, Robati et Franck auraient organisé ce qui s’apparente à une mise en scène destinée à compromettre Anicet. Une arme à feu ainsi qu’un document présenté comme contenant des informations sensibles relevant du secret d’État auraient été placés dans son véhicule à son insu.
Ces éléments auraient ensuite été découverts lors d’une intervention et présentés comme des preuves d’activités illégales et divulguait des secrets d’État. Cette situation aurait contribué à justifier la décision de l’écarter.
Les préparatifs du 22 mai 2026
Le vendredi 22 mai 2026, les préparatifs auraient été finalisés.
Vincent aurait été chargé de convaincre Anicet de se rendre au MINO RESTO BAR sous prétexte d’une rencontre destinée à réconcilier les différentes parties.
Parallèlement, Robati aurait appelé Anicet afin de lui proposer une opération commerciale présentée comme lucrative. Selon nos informations, cette proposition constituait en réalité un piège soigneusement préparé à son intention.
Vers 19 heures, Robati aurait demandé à Anicet de le rejoindre. Ce dernier aurait alors invité Vincent à l’accompagner.
Selon plusieurs témoignages, Vincent croyait qu’Anicet était le seul visé et ne pensait pas courir lui-même de risque.
Le déroulement de l’enlèvement
Après avoir rejoint Robati, Anicet et Vincent seraient montés à bord du véhicule de Vincent, une Toyota Voxy immatriculée FA 9379, avant de se diriger vers les abords du lac.
Sur place, ils auraient rencontré un homme non identifié qui leur aurait remis plusieurs articles, notamment des pagnes et des bouteilles de vin. Ces marchandises auraient été chargées dans le véhicule afin de donner l’apparence d’une transaction commerciale ordinaire.
Alors qu’ils s’apprêtaient à repartir, un véhicule double cabine blanc, dépourvu de plaque d’immatriculation visible, serait arrivé à vive allure.
Trois hommes en civil ainsi que quatre policiers installés à l’arrière du véhicule en seraient descendus.
Vincent aurait tenté de résister en mettant à profit ses connaissances en arts martiaux, ce qui lui avait valu le surnom de « Master ». Il aurait toutefois été rapidement maîtrisé puis embarqué de force.
Selon plusieurs sources, Vincent aurait finalement été emmené lui aussi afin d’éviter qu’il ne puisse témoigner des circonstances dans lesquelles Anicet aurait été attiré sur les lieux.
L’un des témoins interrogés déclare :
« Si Vincent était resté au bar avec Franck, il n’aurait probablement pas été emmené. Son rôle consistait surtout à convaincre Anicet de se rendre à l’endroit où le piège avait été préparé. »
Quel véhicule aurait été utilisé ?
Selon les informations recueillies par nos enquêteurs, le véhicule double cabine utilisé lors de l’opération serait habituellement affecté au Commissaire général de brigade de police Domitien NIYONKURU.
Plusieurs sources affirment que ce véhicule aurait été mis à disposition pour l’opération et qu’il se trouvait déjà à proximité du MINO RESTO BAR avant l’intervention.
Ces mêmes sources indiquent que Robati serait monté dans ce véhicule après les faits et qu’il circulerait aujourd’hui librement. Franck, également cité dans plusieurs témoignages, ne ferait l’objet d’aucune mesure connue à ce jour.
De fortes inquiétudes sur le sort des disparus
Au regard des circonstances rapportées par les témoins ainsi que des informations recueillies au cours de cette enquête, de nombreuses inquiétudes subsistent quant au sort de Vincent NSENGIYUMVA et d’Anicet NSENGIYUMVA.
King Umurundi Freedom appelle une nouvelle fois les autorités compétentes et les services de renseignement burundais à communiquer toute information susceptible de permettre de localiser les deux hommes et à faire toute la lumière sur les circonstances de leur disparition.