Ce qui se cache derrière l’arrestation d’Amédée Bwimba
Depuis trois mois, le responsable de la société ASYST (Advanced System) est détenu en secret dans les cachots du Service National du Renseignement (SNR).
Amédée Bwimba, ressortissant de nationalité congolaise résidant au Burundi, a été arrêté le 16 juin 2023 par des agents du SNR. Il a ensuite été conduit dans les locaux de ce service situés à Bujumbura, en face de la cathédrale Regina Mundi, dans la zone Rohero de la commune Mukaza.
Deux jours après son arrestation, Donatien Ndayishimiye, responsable du journal Ikiriho, réputé proche du SNR et du parti CNDD-FDD, a publié un message affirmant qu’Amédée Bwimba n’aurait pas accompli correctement son travail au sein du ministère des Finances. (Lire ici: https://x.com/i/status/1670337142021578754 )
Selon plusieurs observateurs, cette communication visait plutôt à détourner l’attention de la véritable affaire.
En réalité, l’arrestation d’Amédée Bwimba serait liée aux enjeux entourant les systèmes informatiques de gestion des finances publiques. Depuis 2010, le ministère des Finances utilise un logiciel nommé SIGEFI (Système Intégré de Gestion des Finances), développé par la société ASYST. Toutefois, l’État burundais aurait accumulé une dette d’environ 2 milliards de francs burundais envers cette entreprise.
En 2023, le gouvernement a engagé la mise en œuvre du système PTBA (Plan de Travail et Budget Annuel), dans le cadre du budget-programme, afin d’améliorer la transparence dans la gestion des finances publiques, notamment celles transitant par l’Office Burundais des Recettes (OBR).
Dans ce cadre, il était prévu que la société ASYST intègre le module PTBA au système SIGEFI pour un montant estimé à 1 milliard de francs burundais. Cependant, ASYST aurait exigé au préalable le paiement de la dette existante de 2 milliards.
Selon les informations recueillies, cette situation aurait provoqué des tensions avec certains responsables, notamment le ministre des Finances, Audace Niyonzima, ancien commissaire général de l’OBR. Ce dernier aurait été impliqué dans un dossier évoquant un détournement présumé de 32 milliards de francs burundais, qu’il n’aurait pas souhaité voir exposé par la mise en œuvre du nouveau système.
Dans ce contexte, Amédée Bwimba aurait été écarté au profit d’un autre acteur. Des sources indiquent que Donatien Ndayishimiye chercherait à positionner sa propre structure, MEDIABOX, pour obtenir le marché du logiciel, ce qui expliquerait les manœuvres visant à neutraliser ASYST.
Selon plusieurs sources, l’arrestation d’Amédée Bwimba aurait ainsi été orchestrée sous l’influence d’Audace Niyonzima, en collaboration avec Donatien Ndayishimiye.
Autres personnes citées dans cette affaire
Le projet initial du logiciel ASYST avait été lancé dans le cadre des réformes de la fonction publique et devait également être opérationnel au sein de l’OBR. Toutefois, certains responsables se seraient opposés à son déploiement, craignant qu’il ne révèle des irrégularités financières.
Parmi les personnalités citées figure également Jean-Claude Manirakiza, commissaire général de l’OBR, mentionné dans des dossiers liés à des soupçons de détournement de fonds.
D’autres sources internes au SNR évoquent le rôle d’Audifax Niyonzima, responsable du département économique. Ayant travaillé auparavant dans les services financiers et des marchés publics de l’OBR, il aurait lui aussi des intérêts à protéger dans ce dossier.
Selon ces différentes sources, les personnes impliquées chercheraient à empêcher toute divulgation publique de ces informations sensibles.
Par ailleurs, certaines informations font état d’un plan visant à retirer à Amédée Bwimba la propriété de la société ASYST, afin de la démanteler et de la remplacer par une autre entreprise proche de certains cercles de pouvoir.

Appel à l’action
Face à cette situation préoccupante, un appel urgent est lancé.
Le Président de la République du Burundi, Son Excellence Évariste Ndayishimiye, est invité à prendre toutes les mesures nécessaires pour garantir la sécurité et la vie d’Amédée Bwimba.
La Commission Nationale Indépendante des Droits de l’Homme (CNIDH), ainsi que le ministère de la Justice, sont également appelés à intervenir sans délai afin de faire toute la lumière sur cette affaire et d’assurer le respect des droits fondamentaux.