une libération attendue mais pleine de questions
Le 29 mai 2025, Vincent NDAGIJIMANA, l’homme d’affaires burundais arrêté depuis le 26 mai, a été libéré et se trouve désormais dans la province de Kayanza. Cette libération survient après plusieurs semaines de détention dans un contexte de conflits financiers et politiques autour du coltan, un minerai stratégique pour l’économie burundaise et l’industrie internationale.
Pour rappel, l’affaire de Vincent NDAGIJIMANA avait été détaillée dans notre notre enquête précédente sur l’affaire des 50 milliards, qui révélait les tensions et les détournements liés à l’exploitation du coltan à Kabarore.
I. La libération de Vincent : contexte et réactions
Vincent avait été emprisonné par François Uwiragiye (Mayondori) et Réverien Hategekimana (Amstel), ses partenaires dans la société BME, qui refusent de lui verser les 50 milliards de francs burundais qu’il estime lui revenir pour la part des minerais qu’il a mis à disposition et contribué à exploiter.
Le président de la République, Evariste NDAYISHIMIYE, s’est exprimé publiquement sur la question :
« Où va vraiment le minerai que vous extrayez ? Où vont les fonds ? »
« Tout ce coltan pillé ne profite pas à l’État, l’argent disparaît dans les poches de certains, aucun centime n’arrive au Trésor public. »
« Je vais tout stopper, je m’en chargerai personnellement, je ne tolérerai pas que le coltan continue à être exploité au détriment du pays. »
Ces déclarations montrent la double réalité : d’un côté, le président affiche son engagement, et de l’autre, la gestion réelle du coltan reste opérée dans l’opacité par Vincent et ses deux anciens partenaires, avec la complicité implicite des instances étatiques.
II. Les coulisses : réunions et partages secrets
Depuis le 6 avril 2025, Vincent, Amstel et Mayondori ont été convoqués à quatre réunions au palais présidentiel pour tenter de régler le différend sur le partage des revenus. Selon nos informations :
Le coltan extrait de Kabarore est presque entièrement contrôlé par ces trois hommes, sans que l’État n’en perçoive les bénéfices.
Les arrangements financiers sont discutés à huis clos, loin du public, laissant la population burundaise dans l’ignorance totale.
Les montants générés par l’exploitation réelle sont dissimulés, et Vincent, qui tentait de récupérer sa part, a été menacé d’emprisonnement.
Ces réunions ont permis à Vincent d’obtenir sa libération, mais la gestion opaque du coltan continue.
III. Le scandale du coltan : pillage et impunité
Le problème central demeure : le coltan, bien public destiné au développement du pays, est exploité pour enrichir quelques individus au détriment de l’État et des Burundais.
Les minerais sont extraits par BME et la coopérative CDP, contrôlée par Amstel, et une partie des profits est retenue par Mayondori et Amstel.
Vincent NDAGIJIMANA, qui a contribué à la production et à l’organisation de l’exploitation, reste privé de ses revenus.
La population burundaise se demande :
« Pourquoi le coltan de Kabarore continue d’enrichir quelques hommes et non l’État ? Pourquoi ces ressources ne financent-elles pas le développement du pays ? »
King Umurundi Freedom continue de suivre de près cette affaire, dénonçant la dissimulation et l’injustice.
IV. Analyse : complicité et transparence manquante
La situation met en lumière plusieurs réalités inquiétantes :
Complicité des acteurs : Mayondori, Amstel et, dans une certaine mesure, le président NDAYISHIMIYE, contrôlent l’exploitation et la redistribution des revenus du coltan, laissant peu de place à la transparence.
Ressources stratégiques sous contrôle privé : les minerais, bien que destinés au bien public, sont gérés presque exclusivement par ces trois individus.
Population tenue à l’écart : les Burundais ignorent le montant réel des profits et comment ils sont utilisés, ce qui alimente le scepticisme et la méfiance.
V. Appel à la transparence et à la justice
La libération de Vincent NDAGIJIMANA souligne l’urgence de :
Protéger Vincent contre toute intimidation ou pression supplémentaire.
Assurer la transparence dans la gestion des minerais, afin que ces richesses profitent réellement au pays.
Permettre à la justice d’enquêter sur les fraudes et abus, impliquant Mayondori, Amstel et tous ceux complices dans la dissimulation des revenus.
Les Burundais ont le droit de savoir qui profite réellement du coltan et comment ces ressources stratégiques pourraient financer le développement national.
VI. Conclusion
La libération de Vincent NDAGIJIMANA est un soulagement, mais la bataille pour la justice et la transparence continue.
L’affaire met en évidence un problème systémique : le pillage des ressources stratégiques, l’opacité financière et l’enrichissement de quelques acteurs puissants, alors que les minerais devraient être au service du bien public et du développement du pays.