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La mécanique de la répression contre les médecins burundais — Partie 3

Cette troisième partie retrace l’origine et le déroulement de la campagne d’intimidation menée contre les médecins burundais, ainsi que l’identité de ceux qui ont déjà été arrêtés.

Selon les investigations de King Umurundi Freedom, cette répression a débuté par le ciblage direct des responsables du syndicat SYMEGEB. Le 21 janvier 2025, le président du syndicat, Dr Aimable NDABEREYE, a été convoqué par les services de renseignement. Peu après, Dr Joseph MIBURO, représentant syndical à Bujumbura, a également été convoqué.
Les deux médecins ont été interrogés, sommés de mettre fin aux activités syndicales en cours, puis relâchés le jour même. Cet épisode marque le point de départ de la campagne d’intimidation.

Dans la foulée, les services de renseignement ont tenté d’interpeller Dr Eric KANEZA, vice-président du syndicat. Celui-ci se trouvant alors en mission professionnelle à l’étranger, les agents ont procédé, le 28 janvier 2025, à l’arrestation de son épouse. Selon des sources internes aux services de renseignement, celle-ci a été contrainte de transmettre à son mari l’ordre de cesser toute activité syndicale. Elle a ensuite été libérée.

Parallèlement, Dr Donatien HABINTWARI, trésorier du syndicat, a fait l’objet de recherches actives. Des agents se sont rendus à son ancien domicile dans la province de Kayanza, sans parvenir à le localiser.

L’ensemble de ces médecins est poursuivi pour atteinte à la sûreté intérieure de l’État, une accusation directement liée aux réunions syndicales tenues en juillet 2024.

La vague d’arrestations
À ce stade, cinq médecins ont été arrêtés. Tous sont détenus au siège central des services de renseignement à Bujumbura, à la suite d’interpellations effectuées de manière brutale et sans mandat connu.

● Dr Nazaire NDEREYIMANA, responsable de la zone sanitaire de Fota (province de Mwaro), a été arrêté le 27 janvier 2025 à Bujumbura,y alors qu’il se trouvait en mission professionnelle. Il a été emmené de force par les agents, tandis que le véhicule de service a été renvoyé avec son chauffeur.

● Dr Pierre-Claver RURAGAHIYE a été arrêté le 30 janvier 2025 sur son lieu de travail, à l’hôpital des religieuses de la commune Musongati.

● Dr Achel IGIRANEZA, médecin à l’hôpital de Gahombo (province de Kayanza), a été interpellé le 30 janvier 2025, directement sur son lieu de travail.

● Dr Désiré CONGERA, en fonction à l’hôpital de Mpanda, a été arrêté le 30 janvier 2025, dans des circonstances similaires.

● Dr Polycarpe NTAKIYIRUTA, ancien médecin de l’hôpital MIVO (province de Ngozi), a été arrêté le 31 janvier 2025, après avoir été attiré hors de son poste par un appel trompeur émanant d’une religieuse de l’établissement.

Face à ces arrestations, plusieurs médecins ont cessé toute activité ou pris la fuite, estimant que leur sécurité physique et morale n’était plus garantie.Une dérive lourde de conséquences pour le système de santé
Ces événements constituent une atteinte grave à l’image du pays et à la stabilité du système de santé. La question des salaires demeure un problème structurel au Burundi, mais elle est particulièrement aiguë dans le secteur médical. L’exode massif des médecins et la pénurie de praticiens dans les hôpitaux publics ont d’ailleurs été officiellement reconnus par le ministre de la Santé devant l’Assemblée nationale.

Dans ce contexte, il est difficilement compréhensible que des médecins soient aujourd’hui pourchassés pour avoir revendiqué leurs droits de manière collective et pacifique, dans le but déclaré d’améliorer la qualité des soins offerts à la population.
Il convient également de rappeler l’existence du Conseil National de l’Ordre des Médecins du Burundi (CNOMB), organe légalement compétent pour encadrer l’exercice de la profession et sanctionner d’éventuelles fautes déontologiques. Or, face à cette situation, le silence de cette institution interroge.

🔸Appel solennel

King Umurundi Freedom appelle les autorités burundaises, au premier rang desquelles la Présidence de la République et le chef de l’État Évariste Ndayishimiye, ainsi que le ministère de la Santé, à mettre un terme immédiat à ces pratiques. Au-delà de la violation manifeste des droits fondamentaux, ces actions risquent d’aggraver durablement la crise du système de santé.

L’organisation appelle également la Commission Nationale Indépendante des Droits de l’Homme (CNIDH) à se saisir de ce dossier et à en assurer un suivi rigoureux, alors que la sécurité des médecins concernés apparaît sérieusement compromise.

👉 La deuxième partie de cette enquête est disponible ici : Les revendications à l’origine de la vague d’arrestations de médecins — Partie 2 – KUF-ASBL

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