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Burundi – Guerre des minerais : quand le pouvoir politique s’affronte dans les entrailles du sous-sol

Entre rivalités internes au CNDD-FDD, arrestations controversées et réseaux familiaux, l’affaire des minerais révèle une lutte d’influence au sommet de l’État.

Une bataille silencieuse mais féroce autour des minerais

Le secteur minier burundais est aujourd’hui le théâtre d’un affrontement discret mais violent entre hauts responsables du CNDD-FDD. Au cœur de cette guerre d’influence : le contrôle des sites miniers stratégiques, les circuits d’exportation et l’impunité dont bénéficient certains acteurs. Une question domine : « entre le président de la République et le président de l’Assemblée nationale, qui détient réellement le pouvoir dans les minerais ? »

L’affaire Vincent Ndagijimana, symbole d’un système opaque

L’arrestation de Vincent NDAGIJIMANA, le 26 mai 2025, marque un tournant. Ancien acteur influent du secteur minier à Kabarore (province de Kayanza), il se retrouve au centre d’un conflit financier portant sur près de 50 milliards de francs burundais. Ces fonds auraient été détournés par deux de ses anciens associés : UWIRAGIYE François, dit Mayondori, et HATEGEKIMANA Réverien, surnommé Amstel.À l’époque, tous opéraient au sein de la société COMEBU (Comptoir Minier des Exploitations du Burundi), appuyée par une structure d’exportation, BME (Burundi Mining Export), basée à Q10 Ngagara. C’est d’ailleurs dans ces locaux que d’importantes quantités de minerais ont récemment été saisies.

Une arrestation aux relents politiques

Au moment de son arrestation, Vincent NDAGIJIMANA était candidat aux élections législatives de juillet 2025. Une candidature qui dérangeait. Selon plusieurs sources, ses anciens partenaires craignaient qu’il ne révèle des secrets compromettants liés à l’exploitation minière illégale.Déjà en décembre 2022, devant le chef de l’État, Vincent Ndagijimana avait affirmé que plus de 25 tonnes de minerais étaient extraites chaque mois à Kabarore. Des révélations qui auraient scellé son sort. Peu après, il est écarté de COMEBU, puis emprisonné, avant d’être finalement libéré et élu député.

Mise à l’écart, puis représailles économiques

Une fois devenu député, Vincent NDAGIJIMANA ne retrouve pas la paix. Ses adversaires s’emploient à l’exclure définitivement du secteur minier et à le dépouiller de ses ressources. Cette stratégie culmine avec un épisode choquant : le retrait de son véhicule, le contraignant à rentrer à pied. Une humiliation politique qui soulève de nombreuses interrogations sur l’abus de pouvoir et l’instrumentalisation des services de l’État.

Le rôle clé du président de l’Assemblée nationale

Face à la volonté du chef de l’État d’écarter Mayondori et Amstel, ces derniers changent de stratégie. Ils renforcent leurs liens avec le président de l’Assemblée nationale, Daniel Gélase NDABIRABE, originaire de Kayanza. Leur manœuvre est claire : nommer son fils aîné, Jordany NDABIRABE, au poste de directeur général de COMEBU.Depuis lors, ce dernier dirige la société, offrant à ses partenaires une protection politique solide. Résultat : malgré les saisies de minerais et les accusations, Mayondori et Amstel continuent leurs activités sans être inquiétés.

Saisie de minerais et impunité persistante

Des tonnes de minerais ont été récemment saisies, notamment à Bujumbura. Pourtant, les personnes interpellées ont été rapidement relâchées. Pendant ce temps, d’autres exploitants poursuivent leurs activités sans aucune autorisation officielle. Une situation qui alimente le sentiment d’une justice à deux vitesses et d’un secteur minier contrôlé par des réseaux puissants, au-dessus des lois.

Une enquête en trois volets pour lever le voile

Cette affaire fait l’objet d’une enquête approfondie menée par King Umurundi Freedom, intitulée « La guerre des minerais ».

Partie 1 : l’influence du président de l’Assemblée nationale dans le secteur minier.

Partie 2 : les déboires du député Vincent NDAGIJIMANA et le retrait de son véhicule.

Partie 3 : les récentes saisies de minerais et le sort réservé aux personnes impliquées.

Au-delà des faits, cette enquête met en lumière une réalité inquiétante : au Burundi, le contrôle des richesses du sous-sol semble aujourd’hui dépendre moins de la loi que du poids politique et des alliances au sommet de l’État.