A. Introduction
King Umurundi Freedom a suivi de près la campagne électorale qui s’est déroulée du 13 mai au 2 juin 2025. La campagne pour les élections législatives et locales (collinaires) a été officiellement lancée le 9 mai 2025 à Gitega, lors d’une cérémonie présidée par le Chef de l’État, Évariste Ndayishimiye. Toutefois, certains partis politiques n’ont pas pu y participer, invoquant des obstacles tels que le manque de carburant. Cette période a été marquée par de nombreuses irrégularités, notamment de fortes pressions exercées par le parti au pouvoir, le CNDD-FDD, qui a mobilisé sa ligue des jeunes, les Imbonerakure, pour contraindre les citoyens à assister à ses meetings. Des enfants en âge scolaire ont été retirés des classes pour participer à des manifestations politiques, en violation de la loi. Ces pressions ont entraîné des perturbations des activités économiques, ainsi que des violences et des intimidations visant des membres de l’opposition et des citoyens politiquement non alignés. Dans plusieurs régions, des électeurs se sont vu confisquer leurs cartes d’électeur par des membres du CNDD-FDD — ou ne les ont jamais reçues — compromettant la transparence du processus électoral.
B. Principales irrégularités observées
1. Participation forcée aux meetings du parti au pouvoir
Dans plusieurs provinces — Cankuzo, Rumonge, Makamba et Bujumbura — des citoyens ont été menacés et contraints d’assister aux meetings du CNDD-FDD. À Cankuzo, les commerçants du marché central ont été forcés de fermer leurs boutiques pendant deux jours. À Kamenge (Bujumbura), les commerçants ont été obligés de fermer leurs magasins le 31 mai 2025.
2. Intimidations et violences contre les membres de l’opposition
Plusieurs incidents graves ont été documentés. À Makamba, Jonas Niyomwungere, militant de la coalition Burundi Bwa Bose (BBB), a été attaqué à Kabo par des Imbonerakure et blessé à la machette. À Ngozi, le 15 mai 2025, le représentant provincial Dismas Minani a été agressé et dépouillé de sa moto ainsi que d’un million de francs burundais. À Bubanza, des drapeaux du parti Sahwanya FRODEBU ont été arrachés le 27 mai 2025. À Gitega, plusieurs motocyclistes ayant assisté à des meetings de l’opposition ont été arrêtés et leurs motos confisquées.
Restrictions et attaques contre le CDP (Conseil des Patriotes)
Les membres du CDP ont été victimes de violences et d’entraves. À Musongati (Rutana), le 15 mai 2025, le meeting politique du député Gaston Sindimwo a été bloqué. À Marangara (Ngozi), le 18 mai 2025, la vice-présidente du CDP, Yvonne Kanziza, a été empêchée de tenir une réunion. À Rutana, le militant du CDP Egide Hakizimana a été arrêté le 19 mai 2025. À Kanyosha (Bujumbura), le 20 mai 2025, l’activiste du CDP Jean Bukuru a été battu par des Imbonerakure.
Entraves à la candidature du député Agathon RWASA
Le député Agathon RWASA a fait face à des entraves systématiques à sa campagne. Ses partisans ont subi menaces, arrestations et confiscations de cartes d’électeur dans plusieurs provinces.
3. Confiscation systématique des cartes d’électeur
Dans plusieurs provinces, des citoyens perçus comme proches de l’opposition se sont vu confisquer leurs cartes d’électeur. À Mutaho, des membres des Imbonerakure — notamment Jean de Dieu, Michel Hakizimana, Félix Mucowintore, Geneviève Ntakonkibagira et Evelyne Ndayishimiye — ont participé à ces saisies. À Kayanza, dans la nuit du 22 mai 2025, des militants ont été attaqués à Kiryama (commune Butangazwa). À Ngozi, dans la commune de Kiremba, les confiscations ont été coordonnées par Pascal Habiyakare, avec Léonce Ngendakumana alias « Mazembe » et Éric Uwikunda alias « Sidorro ». À Bururi, dans les communes de Rutovu, Matana et Vyanda, les cartes ont été saisies sur ordre d’Olam Ntakirutimana, chef local des Imbonerakure. À Karusi, à Gihogazi, les cartes ont été collectées sous prétexte de vérification, sans jamais être restituées.
4. Propagande politique dans les écoles
Dans plusieurs provinces (Mwaro, Muyinga, Rutana, Makamba, Bubanza, Cibitoke, Kayanza), des enseignants ont mené des activités de propagande politique en faveur du CNDD-FDD. Par exemple, le 28 mai 2025 à Nyabihanga (Mwaro), le directeur communal de l’éducation Léonard Maniratunga et le responsable du CNDD-FDD Vital Mpangaje ont organisé des activités politiques à l’intérieur des écoles.
5. Absence d’observateurs indépendants
La campagne s’est déroulée sans observateurs indépendants. De nombreux défenseurs des droits humains et observateurs politiques ont été contraints à l’exil ou réduits au silence.
C. Conclusion
Au regard des nombreuses irrégularités observées durant la campagne électorale et du climat politique délétère, King Umurundi Freedom exprime sa profonde inquiétude quant aux élections à venir. L’organisation regrette qu’aucune garantie de transparence ou de paix n’ait été assurée. Elle met en garde contre le risque d’un scrutin dominé par un seul parti au pouvoir. Elle appelle le gouvernement à engager un dialogue inclusif avec toutes les parties prenantes et exhorte la communauté internationale à suivre de près la situation des droits humains au Burundi.
Pour King Umurundi Freedom (KUF-DSF)
3 juin 2026
Dernel Mpundu
Secrétaire général et porte-parole